TEDx Franche-Comté - Le monde commence aujourd'hui par Emilie Castellano

15 Octobre 2014
- par
Emilie

Conférence TED - Thème PETITS et grands

 
Le Monde commence aujourd’hui
 
Être une femme, et vous parler de féminisme. Pour moi aussi pendant longtemps, ça n’a été que des histoires de bonnes femmes, des histoires de filles. Et puis, il y a quelques mois, il y a eu la violence et l’injustice, une dérive de nos patriarcats,de la lutte pour la suprématie des mâles ou des femelles. Et j’ai compris qu’être une femme, c’était retrouver l’état sauvage et explorer cet espace si grand qu’il nous permet de nous représenter tous les autres. Je vous propose un voyage, un voyage fait de cadeaux, au coeur de  l’être humain. Voilà toute mon histoire.

 
Au début, était un monde, un monde qui fait tellement de bruits. Dans ce monde, je traversais la vie en wagon de 1ere classe. Au rythme du toujours plus, toujours plus vite. Avec vous les gestionnaires, les cartésiens et autres prophètes du rationnel. Des fous de grandeurs, des fous de petitesse.
 
Et puis, un jour, tout s’est arrêté.

 
Vous voulez savoir ? Le premier déclic. La vérité. C’est une petite fille grande comme ça qui me l’a confié. Moi la maman d’une petite fille qui a choisi à l’âge de 5 ans d’arrêter l’école, là trouvant par là trop violente, qui ne supportait plus le chantage entre les enfants,  entre les petits et les grands.

 
Oui, la violence, voici le deuxième déclic. C’est tellement difficile à dire. Je rentrais tranquillement chez moi. Un soir. Un homme, Agression. Tentative de viol. Et  d’un seul coup, bam, ça n’arrive pas qu’aux autres, ça n’arrive pas qu’ailleurs. Et si ça m’était arrivé, peut-être que j’y suis pour quelque chose. Je crois qu’il n’y a pas de mots pour dire cela. On a juste envie d’hurler de toutes ses forces à l’injustice. Ca ne devrait pas exister.
 
Oui, la violence est encore la règle. J’aurais tellement aimé ne pas la voir.
 
Et après tout cela, vient le moment de la conscience, toute cette violence était d’abord en moi comme dans la plupart de nos relations. Regardons-nous dans nos vies. La domination :  vouloir le pouvoir sur l’autre, se soumettre, le convaincre, savoir mieux que lui ce qu’il doit faire, se laisser dire qui on doit être.
 
Oui, c’est la colère qui monte la peur aussi, entretenue par l’entourage qui n’ose même plus vous regarder en face. A qui vous êtes obligé de dire : “Non, mais ça va.”. Et qui finit par vous dire, “Toi, tu es quelqu’un de fort, quelqu’un de courageux. Tu vas continuer malgré tout”. Et bien, non. Non, parce que ce monde n’est pas le mien. Une institutrice a dit un jour à ma fille “La société est violente, il faudra que tu t’habitues”. Non, non, c’est un mensonge. Ce n’est pas ça que je veux laisser aux enfants. Mais qu’est que je fais exactement moi ?  Oui, j’aurais pu sombrer et je n’ai pas sombré. Je n’ai pas sombré parce que je n’ai pas lutté contre, parce que j’ai accepté d’être vulnérable, fragile.

 
Je descends du wagon, laissant ce monde continuer à toute vitesse s’il le souhaite, et je reprends les rênes de ma vie, le chemin de l’école de la grande vie pour conjuguer le “elle” et le “il”, aller au-delà de la dualité. Nous sommes tous liés et nous avons besoin les uns, des autres. Et j’ai eu besoin d’aide pour me relever. C’est une déclaration, une déclaration d’interdépendance radicale.
 
Parce qu’il faudra bien terminer la guerre. Je suis un être humain vulnérable, fragile et je dépose les armes devant vous aujourd’hui pour vous dire qu’il n’y a pas d’homme, qu’il n’y a pas de femme, que nous vivons emprisonnés dans des stéréotypes qui provoquent beaucoup de souffrance de part et d’autre, défendant à l’un d’être sensible et à l’autre d’être fort.

 
Je prends les devants. Il faudra bien terminer la guerre. Nous avons tous en nous-mêmes à la fois une part féminine, celle de la conscience, de la contemplation tournée vers l'intérieur et une part masculine, celle de l’action tournée vers l’extérieur.  Et nous sommes les deux. N'excluant pas les différences, mais les dépassant. N'excluant pas de renoncer à l’égalité des chances, ni de diminuer l’importance du progrès social, mais de réaliser ce progrès au passage.” Je fais le premier pas. Les valeurs féminines de coopération, d’intérêt général, de partage appartiennent à l’humanité toute entière, et finalement leur sens est un sens total. Nous en avons tellement besoin. Nous avons besoin également des valeurs masculines pour passer à l’action, matérialiser ces valeurs. Et c’est à l’équilibre qu’il faut tendre.
 
Voilà, voilà une conscience nouvelle, une alliance inédite. Et c’est une question de choix, de décision. Oui, j’ai lâché les armes, j’accepte le monde dans lequel je vis. Mais je ne m’y soumets pas. .

 
Et, aujourd'hui, je n’ai qu’un mot à dire. Merci.
 
Merci pour le bruit, la vitesse, la saturation. Car, vous m’avez offert le silence sur les chemins d’une métamorphose nécessaire. Oser le face à face. Oser être humain. Et commencer à voir au-delà du regard, réduisant les femmes, les hommes aux costumes qu’ils portent dans le désert d’une vie menée en surface. Commencer à entendre au-delà des mots, au-delà de la peur, juste après l’amour.

 
Alors, venez ! Partons à l’aventure dans l’école de la grande vie. Asseyons-nous à l’ombre d’un bananier géant pour une initiation à la botanie.
 
Écoutons, écoutons le silence des grands arbres.  Vous les entendez ? Vous les entendez nous dire que “tout est déjà là”. Je les ai entendus, moi, les géants de bois. Tout allait par deux, simplement.
 
Le voilà mon premier pas : apprendre à contempler, à voir, à entendre. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que notre société créer ça ? Qu’est-il arrivé à cet homme pour qu’il ne sache pas être en relation autrement avec une femme ? Que m’est-il arrivé à moi, que nous est-il arrivé à nous les femmes pour avoir oublié notre force, notre puissance, qui n’est pas celle de la domination, mais notre conscience ?

 
Et, comprendre : La violence, elle nous vient de si loin. Vous savez, elle est en nous. C’est comme ces chansons que vous avez dans la tête et qui ne vous lâchent pas, ces comptines, celles qui se font un nid dans l’esprit des petits.
 
“Les petites filles apprennent leurs leçons pour étonner les garçons”. Voici la dernière venue de ma fille. Plaît-il, Zoé ? “Je sais, maman, ce n’est pas intelligent, mais il faut l’apprendre pour demain.” A 7 ans, se forger un esprit critique. Accepter qu’il y a de la violence à l’école, du chantage. Mais ne pas s’y soumettre. Et décider plutôt d’en faire un exposé devant toute sa classe, en classe de CP, pour expliquer le chantage aux enfants, dire qu’elle en faisait elle aussi parfois et que ça faisait mal. Dire que c’était tout de même incompréhensible au vu du temps, de l’énergie nécessaire pour devenir ami, que c’était surtout dommage de tout gâcher parce qu’on n’arrive pas à se parler. Et, finir par imaginer avec eux d’autres manières d’être en relation. C’est une force extraordinaire. Et si à 7 ans elle en est capable, et bien nous qu’attendons-nous ?
 
Nous avons tant à apprendre des enfants. C’est un moment magique dans la vie d’une maman où l’on découvre que l’on apprend autant et parfois plus des petits que des grands.
 
Et aujourd’hui, je parle même si ça fait mal, même si on n’arrive pas à me regarder dans les yeux.

 
Parce que nous avons besoin de voir, de ressentir notre part d’ombre.  Oui pour tout vous dire, cet instant là, c’est une fête. Oui, merci pour l’ombre, car vous m’avez offert la lumière. Et puisqu'il est question de violence, parlons plutôt de la vie. C'est urgent.
 
Le voilà, mon travail. Et, “Aujourd’hui, je me suis relevé, aujourd’hui, je suis en vie et aujourd’hui, je chante la beauté de ce monde”.
 
J’écris un livre avec une amie et puis avec des économistes, philosophes, anthropologues, prospectivistes et bien d’autres encore pour réinventer le travail. Parce que je sais que là aussi, il y a beaucoup de souffrance, beaucoup de violence. Mais ensemble, si nous tentons de comprendre, si nous allions nos forces, nos disciplines, si nous tentons de trouver mieux, nous avons ensemble la capacité de créer autre chose.  Et c’est de notre responsabilité alors je prends ma part.
 
Quand je serai grande, je serai petite. Enthousiaste, passionnée, retrouvant cette simplicité de l’enfance.  Il y a quelques années déjà, j’ai fondé l’un des premiers espaces de coworking en France, pas seulement pour mutualiser des ressources, mais pour créer, expérimenter de  nouvelles manières d’être ensemble. C’est une usine apprenante. Ensemble, nous apprenons à conjuguer le je et le tu, dans un aller et retour permanent au sein du réel de la relation humaine.
 
Le but : atteindre la transdisciplinarité, l’intelligence collective.
 
Et le je sais aujourd’hui : la coopération n’existe pas, la communauté n’existe pas, pas encore. Nous ne sommes que très rarement intelligents, savants certainement, mais de cette intelligence qui dit “Si tu as mal, parce que moi aussi, j’ai déjà eu mal, alors je comprends. Si je souffres, parce que tu sais que le chemin peut être long pour dépasser cette souffrance, alors je comprends.”, là rarement, emprisonnés dans nos peurs et nos conditionnements. C’est un défi pour l’esprit, un acte d’amour. De nouvelles logiques sont à inventer.

 
Le voilà mon travail : Re-lier. Ré-unir. Associer. Les énergies féminines et masculines, la conscience et l’action. Et c’est d’abord en moi. Ce n’est pas en changeant l’autre. Et c’est urgent d’expliquer tout cela aux enfants. Nous avons en tant que parents, j’ai en tant que mère, un rôle fondamental.  Et bien sûr que parfois encore j’ai peur. Mais je n'ai plus l’orgueil de la repousser. J’ai décidé d’ouvrir grand les fenêtres, de pousser toutes les portes. J’ai décidé de contempler l’aurore, de faire germer des poussières d’étoiles dans le coeur des femmes, des hommes, des enfants, signant le retour de l’espérance. Et si mon expérience peut aider. Si mon écoute, ma joie de vivre, mon énergie, ma souffrance aussi peuvent aider. C’est tout ce que je suis. Et c’est tout ce que je possède. Alors, si ça peut aider.

 
Je le sais aujourd’hui, au plus profond de moi. Tout est déjà là. Et c’est entre mes mains. Ce n’est pas un combat.  Ce n’est pas lutter contre.
 
C’est l’alliance de ce que nous sommes qui nous permettra de nous dépasser et de devenir grand.
 
Alors je crée autre chose.  : “. Le monde commence aujourd’hui.”